Pierre Baty à propos de la création d’un plan de lutte contre l’isolement à Paris

Paris est une ville-monde, une ville dense, vivante, traversée chaque jour par des millions d’interactions. Et pourtant, derrière cette vitalité apparente, une autre réalité progresse silencieusement : celle de la solitude et de l’isolement social.

Aujourd’hui, plus d’un habitant sur deux dans l’agglomération parisienne déclare ressentir un sentiment de solitude. Ce chiffre, déjà alarmant, traduit une fragilité collective qui touche désormais toutes les générations.

On parle souvent de la “mort sociale”. Ce terme, utilisé par les sociologues pour décrire des personnes progressivement sorties du lien collectif, ne concerne plus seulement quelques situations marginales. Rendons-nous compte : pour les Petits Frères des Pauvres, 750 000 personnes étaient en situation de mort sociale en France dans leur dernier baromètre, contre 300 000 en 2017. Cette progression est vertigineuse.

Et contrairement aux idées reçues, ce phénomène ne touche pas uniquement les personnes âgées. Bien sûr, le vieillissement et la perte d’autonomie accentuent l’isolement. Mais aujourd’hui, 71 % des 18-24 ans disent eux aussi ressentir de la solitude. Les familles monoparentales, les personnes précaires, celles confrontées au chômage, au deuil, à la maladie ou aux discriminations sont également fortement exposées.

L’isolement fragilise la santé mentale, détériore la santé physique, affaiblit la cohésion sociale et nourrit le sentiment d’invisibilité. Dans une ville comme Paris, où l’on peut vivre entouré sans jamais réellement rencontrer l’autre, nous devons considérer ce sujet comme un enjeu majeur de santé publique et de solidarité.

C’est tout le sens du vœu que nous présentons aujourd’hui.

Nous demandons que la Ville de Paris élabore dès 2026 un véritable plan parisien de lutte contre l’isolement, associant les mairies d’arrondissement, les associations, les services sociaux et les habitants eux-mêmes.

Ce plan devra renforcer le repérage des personnes isolées, développer des lieux de convivialité accessibles, soutenir les initiatives citoyennes et prévoir des actions ciblées pour les publics les plus exposés.

Nous souhaitons en premier lieu que le réflexe de l’attention soit généralisé et valorisé dans les services publics, municipaux et nationaux, qui accompagnent les Parisiens dans ces moments de fragilité facteurs d’isolement. 

Nous proposons également que 2027 devienne à Paris “l’année de la lutte contre l’isolement”, afin de mobiliser autour de cette priorité humaine et sociale.

Car lutter contre l’isolement, c’est redonner à chacun une place dans la cité.