Séverine de Compreignac à propos des comptes administratifs de la Ville pour 2025

À lire la délibération qui présente ce compte administratif, on pourrait croire que les finances parisiennes sont enfin sur la voie du redressement. Vous parlez de gestion saine, équilibrée, et vous mettez en avant une épargne brute qui atteint 800 millions d’euros, en hausse de plus de 530 millions par rapport à 2024.

Mais lorsqu’on regarde les chiffres de plus près, une autre réalité apparaît.

Oui, les recettes de fonctionnement progressent fortement pour atteindre plus de 10 milliards d’euros, soit près de 600 millions d’euros de plus qu’en 2024. Mais cette amélioration ne résulte pas d’un effort structurel de maîtrise des dépenses. Elle provient essentiellement du rebond du marché immobilier et de la hausse des recettes associées, notamment des droits de mutation qui progressent de plus de 300 millions d’euros en un an.

Autrement dit, après l’effondrement historique de 2024, il était difficile de faire pire. Et surtout, la Ville reste extrêmement dépendante de recettes cycliques qu’elle ne maîtrise pas. Le moindre retournement du marché immobilier pourrait demain fragiliser à nouveau les équilibres budgétaires parisiens. C’est d’ailleurs ce que la Chambre régionale des comptes soulignait déjà dans ses observations.

Pendant ce temps, les dépenses de fonctionnement continuent de progresser. 9,2 milliards d’euros, avec une masse salariale qui augmente encore à près de 2,9 milliards d’euros. Pourtant, nous ne disposons toujours pas d’une véritable réflexion sur l’efficacité de la dépense publique et sur l’amélioration concrète des services rendus aux Parisiens.

Plus préoccupant encore, l’amélioration affichée des comptes est aussi le résultat d’un ralentissement de l’investissement. Et ce recul touche précisément les politiques que vous présentez comme prioritaires :

  • Le Plan Climat :  – 10% (51,7 millions d’euros contre près de 58 millions prévus).
  • Le programme Paris Frais : – 30% (2,5 millions contre 3,5 millions annoncés).
  • L’accessibilité : – 22% (15,5 millions contre 20 millions inscrits au budget).
  • Les cours Oasis : -60% d’exécution budgétaire. (2,6 millions d’euros contre 7 millions)

Même constat pour des politiques du quotidien : les crédits consacrés aux temps d’activités périscolaires sont inférieurs aux prévisions, tandis que les dépenses d’entretien de la voirie reculent elles aussi.

Enfin, et c’est sans doute le pire : malgré cette baisse des investissements, la dette continue d’augmenter à un rythme particulièrement préoccupant. La Ville a encore contracté près d’un milliard d’euros d’emprunts nouveaux en 2025.

C’est là tout le paradoxe de ce compte administratif : malgré des recettes en forte hausse, malgré des investissements moins élevés que prévu, malgré une conjoncture plus favorable, la dette continue de progresser massivement.

C’est pourquoi nous ne partageons pas votre satisfaction. Derrière l’amélioration ponctuelle de certains indicateurs, les fragilités structurelles demeurent intactes (dépendance aux recettes immobilières, dépenses de fonctionnement toujours très élevées, investissements ralentis et endettement qui poursuit sa trajectoire ascendante).

Le paradoxe, Monsieur le Maire, est sûrement que vous arrivez à vous féliciter d’un document qui est avant tout le bilan de la gestion d’Anne Hidalgo. Et cela nous inquiète ! Est-ce à dire que vous allez faire la même chose que votre prédécesseure ?

Vous donnez le sentiment d’une parfaite continuité. Pourtant, nous sommes bien convaincus au Groupe Paris au Centre que c’est une vraie remise à plat qu’il faut entreprendre pour rectifier la trajectoire financière de la Ville de Paris.

Je vous remercie.