Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,
Je suis profondément gêné par cette nouvelle communication sur la solidarité.
Car des communications, nous en avons déjà eu.
Pendant ce temps, nous connaissons l’état du périscolaire parisien.
Nous connaissons les difficultés de l’aide sociale à l’enfance.
Nous connaissons les carences de la Ville dans la protection des enfants.
Et nous découvrons, semaine après semaine, les défaillances dans certaines résidences pour seniors.
Monsieur le Maire, Madame l’Adjointe,
Nous ne vous demandons plus des communications.
Nous vous demandons des actes.
Nous vous demandons des moyens.
Nous vous demandons des résultats.
Nous vous demandons de garantir la protection maximale des enfants dans les crèches, dans les écoles, dans le périscolaire.
Nous vous demandons l’exemplarité pour les enfants confiés à l’ASE, ces enfants qui comptent sur nous pour être protégés, accompagnés, logés, éduqués et soutenus.
Nous vous demandons la même exigence pour les seniors et pour les personnes en situation de handicap.
Ils demandent simplement que la Ville soit présente lorsque la vie devient plus difficile.
Ils demandent de l’attention.
Ils la méritent.
Nous avons tous été choqués par les images diffusées par France Télévisions à la résidence Beloeil.
Là encore, la Ville savait.
Là encore, la Ville connaissait la situation.
Et pourtant, la réaction a été lente.
Trop lente.
Trop tardive.
Trop faible.
Aujourd’hui, nous parlons de situations humaines dramatiques.
Et ce sont toujours les plus fragiles qui paient le prix des défaillances d’organisation, de gestion et de suivi de la Ville de Paris.
Nous vous demandons donc d’agir.
Et d’agir vite.
C’était le sens de notre vœu adopté à l’unanimité le mois dernier.
C’était aussi le sens du vœu porté par Maud Gatel il y a deux ans sur le syndrome de Diogène.
Quel bilan aujourd’hui ?
Le recrutement de deux infirmiers.
C’est utile.
Mais c’est largement insuffisant.
Dans le logement social comme dans certaines résidences seniors, des personnes continuent d’être laissées seules face à leurs difficultés, avec des risques graves pour elles-mêmes et pour les autres résidents.
L’urgence doit désormais devenir votre méthode.
Je veux également avoir un mot pour les mères seules.
Nous connaissons tous une sœur, une cousine, une amie ou une collègue concernée.
La monoparentalité progresse.
La précarité qui l’accompagne aussi.
Après une séparation, les pertes financières sont quatre fois plus importantes pour les femmes que pour les hommes.
Une femme sur six bascule dans la pauvreté avec ses enfants.
Deux ans plus tard, les hommes ont retrouvé leur niveau de vie.
Les femmes monoparentales, elles, continuent de subir des pertes financières jusqu’à sept fois supérieures à celles de leur ancien conjoint.
Face à cette réalité, nous devons agir.
D’abord sur le logement, notamment en développant des solutions vues avec les associations pour des résidences partagées avec services vérifiés.
Ensuite sur l’emploi, en permettant l’accès à des emplois mieux rémunérés et compatibles avec les contraintes familiales.
C’est une question de dignité.
Mais au-delà, nous devons changer d’échelle.
Au groupe Paris au Centre, nous proposons la création d’une véritable équipe municipale « Jamais seuls ».
Une politique publique à part entière de lutte contre l’isolement.
Avec un système de veille solidaire.
Des référents anti-solitude dans les quartiers.
Un observatoire parisien du lien social.
Des dispositifs de repérage des situations de rupture.
Et davantage de lieux de vie et de sociabilité.
Nous proposons également le développement de maisons de santé pluridisciplinaires, le soutien à l’installation des soignants, des logements tremplins pour les professionnels de santé et des consultations psychologiques de proximité.
Car la prévention doit enfin devenir une priorité municipale.
Prévenir l’isolement avant les ruptures.
Prévenir les troubles psychiques avant les hospitalisations.
Faciliter l’accès aux soins avant le renoncement.
Accompagner les familles avant l’épuisement.
C’est plus humain et c’est plus efficace.
La solidarité ne se mesure pas au nombre de communications présentées au Conseil.
Elle se mesure à la protection effective des plus fragiles.
C’est sur ce terrain-là que les Parisiens nous attendent.


