Séverine de Compreignac à propos de la citoyenneté d’honneur des populations civiles palestiniennes

Depuis des mois, les images qui nous parviennent de Gaza bouleversent les consciences. Des familles endeuillées, des civils pris au piège des combats, des enfants privés de sécurité, d’avenir et parfois même d’espoir. Face à cette souffrance, notre devoir est d’abord celui de l’empathie, de l’humanité et de la solidarité.

Mais notre responsabilité politique est aussi de ne jamais céder à la tentation d’un humanisme à géométrie variable.

Car si nous pleurons les victimes palestiniennes — et nous devons le faire — alors nous ne pouvons pas oublier les victimes israéliennes. Nous ne pouvons pas oublier les massacres du 7 octobre, les familles brisées, les habitants du nord d’Israël qui vivent sous la menace des roquettes et dont beaucoup ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

La douleur d’une mère palestinienne qui perd son enfant n’est pas différente de celle d’une mère israélienne. La peur d’un enfant à Gaza n’est pas différente de celle d’un enfant réfugié dans un abri à Sdérot. Notre devoir est de reconnaître cette vérité simple : aucune vie humaine ne vaut plus qu’une autre.

C’est précisément pour cette raison que nous nous interrogeons sur cette délibération.

Depuis toujours, la citoyenneté d’honneur de Paris distingue des femmes et des hommes dont le combat incarne une valeur universelle : Nelson Mandela, Shirin Ebadi, le Dalaï-Lama.

Lorsque Paris a accordé cette distinction aux otages du 7 octobre, il s’agissait d’une mesure ciblée visant des personnes identifiées, victimes d’enlèvements et de crimes terroristes. La situation est donc de nature différente.

C’est la raison pour laquelle nous proposons une alternative : accorder cet honneur aujourd’hui à deux personnalités.

Ali Abu Awwad, Palestinien, fondateur d’une ONG de promotion de la non-violence ; et Robi Damelin, Israélienne, qui a fondé le Forum des familles et des parents. Tous deux endeuillés par les conflits, ils se battent pour la paix.

Aujourd’hui, vous transformez cette distinction en un acte de reconnaissance accordé à l’ensemble d’une population. Vous semblez ainsi oublier que certains civils palestiniens ont publiquement manifesté leur soutien aux massacres du 7 octobre et que d’autres se sont rendus complices de la détention d’otages. C’est précisément ce qui rend impossible toute assimilation entre une distinction accordée à des victimes identifiées et une distinction attribuée sans distinction à une population entière.

Ce faisant, vous demandez à la Ville de Paris de prendre parti dans un conflit international d’une complexité extrême, alors que les divisions au sein de votre majorité sont notamment alimentées par les initiatives du groupe Nouveau Paris Populaire.

Or la vocation de Paris n’est pas de choisir quelles victimes méritent notre compassion.

Sa vocation est de rassembler, de protéger la cohésion entre tous ses habitants et de porter un message universel de paix.

Nous voulons une voix parisienne qui défende toutes les victimes civiles, tous les otages, toutes les populations prises au piège de la guerre, sans distinction d’origine, de nationalité ou de religion.

Parce que l’universalisme n’est crédible que lorsqu’il est égal pour tous, nous ne pouvons pas soutenir cette délibération.