Maud Gatel à propos du budget supplémentaire

Ce débat était attendu.

Certes, un budget supplémentaire est avant tout un exercice d’ajustement et nous ne pensions pas qu’il viendrait bouleverser l’équilibre des finances parisiennes.

Mais il était attendu parce qu’il est votre premier rendez-vous budgétaire. Le premier où vous pouviez commencer à traduire vos engagements en actes.

Et, de ce point de vue, nous restons sur notre faim.

Car ce budget est dans la droite ligne des budgets de la précédente mandature. Le curseur est déplacé à la marge, mais la logique reste la même : des ajustements, des redéploiements, des régularisations… sans changement de cap.

Pourtant, depuis votre élection, les annonces se sont multipliées.

Vous avez annoncé un plan de 20 millions d’euros pour refonder le périscolaire face à la crise que nous connaissons. Vous avez promis « zéro enfant à la rue ». Vous avez dit vouloir faire de l’adaptation de Paris au changement climatique une priorité. Vous avez également expliqué vouloir engager une nouvelle trajectoire de gestion et mieux maîtriser les finances de la Ville avec, entre 400 et 500 millions d’économies.

Nous pouvions donc légitimement attendre que ce budget supplémentaire constitue la première traduction financière de ces engagements.

Or ce n’est pas ce que nous constatons.

Prenons l’exemple du périscolaire.

Nous retrouvons 12,9 millions d’euros dans ce budget, ainsi qu’une autorisation de programme de 12 millions d’euros pour l’adaptation climatique des écoles.

Mais où sont les 20 millions annoncés ? Où est la traduction des annonces du jour ?

« Apprenez à lire un budget » nous avez-vous dit ce matin. Alors il se trouve que même votre Exécutif s’y perd. Après vos annonces, nous sommes partis à la recherche des 10 millions de crédit de paiement auprès des différent cabinets. Sans succès. Jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans un vœu ce matin. Est-ce bien sérieux, sur un sujet aussi grave…

Quelle part finance la lutte contre les violences ? Quelle part est consacrée aux travaux ? Quelles écoles seront concernées ? Selon quels critères ? Et surtout, selon quel calendrier ?

Au fond, ce qui manque dans ce budget, c’est la visibilité.Cela transparaît aussi dans la gestion des investissements.

L’annulation de 245 millions d’euros d’autorisations de programme devenues caduques est une mesure de sincérité budgétaire.

Mais elle révèle des crédits votés qui n’ont jamais été engagés, une sous-exécution que nous avons déjà eue l’occasion de dénoncer.

Des projets annoncés qui ne se sont jamais concrétisés qui illustrent le décalage entre les ambitions affichées et leur réalisation effective.

Compte tenu de l’inadaptation de nos écoles au dérèglement climatique, il est ainsi douloureux de voir une annulation d’AP dédié à la rénovation énergétique des écoles pour un montant de près de 4 millions, au moment où vous annoncez votre plan doté de la même somme…

Et s’il est de bonne gestion d’annuler des crédits pour des projets abandonnés – la ZTL manifestement – d’autres nous posent un vrai problème. Je pense notamment à des crédits concernant l’accessibilité des équipements publics. Derrière ces lignes comptables, ce sont des projets attendus par les Parisiens qui prennent encore du retard et une capitale qui ne respecte toujours pas ses obligations en matière d’inclusion.

Au-delà de ces mesures, ce budget confirme surtout une réalité : les marges de manœuvre financières de la Ville demeurent extrêmement limitées.

L’excédent est absorbé par la baisse des droits de mutation. Les dépenses de fonctionnement ne connaissent pas d’inflexion. Et les capacités d’investissement restent contraintes.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une succession d’annonces. C’est d’une trajectoire.

Nous avons besoin d’un plan d’investissement de la mandature. D’un calendrier. De priorités clairement hiérarchisées.

C’est à cette condition que les ambitions affichées deviendront crédibles.

Enfin, un dernier élément nous interpelle.

Le contraste est saisissant avec le budget de la Préfecture de police. Là aussi, les contraintes budgétaires sont fortes. Pourtant, les évolutions proposées se font à moyens constants, par redéploiement, avec une recherche d’efficacité assumée.

Nous aurions aimé retrouver cette même exigence dans le budget de la Ville.

Parce que gouverner aujourd’hui, ce n’est plus seulement annoncer. C’est choisir. C’est prioriser. C’est rendre des arbitrages lisibles.

C’est précisément ce que ce budget supplémentaire ne fait pas.