Jean-Baptiste Houriez : « À Paris, défendre le logement social, c’est d’abord défendre ses locataires »

Jean-Baptiste Houriez est conseiller du XIXe arrondissement de Paris depuis 2026. Il s’intéresse particulièrement aux questions de logement, de migrations et de mobilités.

Alors que les difficultés rencontrées par les locataires du parc social parisien restent nombreuses, il revient sur la nécessité de mieux prendre en compte leur quotidien et leurs conditions de logement.

Dans le roman de Mary Shelley, Frankenstein donne vie à une créature qu’il finit par ne plus maîtriser. À Paris, les opérateurs du logement social sont devenus ce monstre.
La Ville de Paris a-t-elle vraiment perdu le contrôle sur ses opérateurs ?

Dans le XIXe arrondissement, les habitants sont en droit de se poser la question.

Cet été, rue Potain, 194 familles d’une résidence Paris Habitat ont été privées d’eau courante pendant trois jours. Des locataires ont dû descendre dans la rue, seaux et bidons à la main, pour aller chercher de l’eau. Quelques semaines plus tôt, au square des Bouleaux, plus de 200 logements de la RIVP faisaient l’objet d’un article du Parisien relatant infiltrations, humidité et moisissures…

Et cette liste de scandales continue.

L’histoire devrait pourtant nous avoir appris la prudence. Les bailleurs parisiens ont trop souvent été détournés de leur mission première : être au service de leurs locataires.

La capitalisation des loyers, c’est l’engrenage : la Ville demande à ses bailleurs de lui verser immédiatement des décennies de loyers futurs, afin d’inscrire ces sommes dans ses comptes ainsi contribuer à l’équilibre budgétaire exigé par la loi.

À force de considérer ses bailleurs comme des prêteurs sur gage, la majorité parisienne s’est elle-même placée sous leur emprise.

Comment, dès lors, exercer une quelconque autorité sur des opérateurs dont on dépend pour équilibrer ses propres comptes ? Comment leur imposer des priorités, contrôler leurs dépenses et exiger d’eux l’essentiel, lorsque l’on a soi-même besoin de leurs ressources ?

La créature échappe à son maître.

Ils disposent pourtant de moyens considérables. En 2025, Paris Habitat affiche 1,14 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 536,9 millions d’euros consacrés à l’amélioration de son patrimoine et 89,3 millions d’euros à l’entretien et aux réparations courantes.

Pourtant, les locataires descendent chercher de l’eau dans la rue.

Plus grave encore, Le Parisien a révélé cette année des soupçons de travaux surfacturés, de bons de commande gonflés et de prestations dont la réalisation est contestée.

Ces questions, nous les posons aussi dans l’utilisation du Plan Climat.

Dans le XIXe, la résidence Ourcq-Léon Giraud va bénéficier d’une rénovation thermique de grande ampleur. Ici, les locataires dénoncent depuis longtemps de multiples travaux d’entretien négligés par le bailleur.

La rénovation thermique est indispensable. Mais elle ne doit pas devenir le plan de rattrapage de la sous-maintenance.

Un euro destiné à la transition écologique ne doit pas servir à payer aujourd’hui une réparation que le bailleur aurait dû réaliser hier.

Les contribuables parisiens n’ont pas vocation à payer deux fois, et les locataires, une troisième fois, car la rénovation s’accompagne d’une augmentation de charges.

Voilà la créature du Frankenstein parisien.

Au fil des années, les bailleurs sociaux parisiens sont devenus toujours plus puissants, sans que la majorité parisienne semble aujourd’hui capable de leur imposer l’essentiel :

De l’eau. Du chauffage. Des murs sains. Des fenêtres qui ferment. Des logements entretenus. Des appartements capables de rester habitables lorsqu’il fait 40 degrés dehors.

Car le prochain défi est déjà là. Adapter le parc social aux fortes chaleurs imposera encore d’autres investissements considérables, et lorsque cela sera techniquement possible, le raccordement des grands ensembles les plus vulnérables au réseau de froid parisien.

Mais on ne peut pas demander pendant des années aux bailleurs de contribuer aux équilibres budgétaires de la Ville, pour découvrir soudainement qu’ils ne consacrent pas tous leurs moyens à l’entretien de leur patrimoine et à leurs locataires.

Défendre le logement social, ce n’est pas défendre les bailleurs sociaux. C’est défendre leurs locataires.