La situation de la Fondation Œuvre de la Croix Saint‑Simon est un choc majeur pour Paris. Cette fondation centenaire, qui gère 35 crèches, un hôpital mère‑enfant, des centres de santé, des dispositifs médico‑sociaux, et qui emploie près de 1 800 salariés, se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité de poursuivre ses activités.
Ce choc intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu pour la petite enfance à Paris. Nous le savons : près de 20 % des postes sont vacants dans les crèches municipales, et certaines structures fonctionnent avec des taux de sous‑effectifs qui mettent en péril la continuité du service.
Cette pénurie a des conséquences directes : des fermetures de sections, des horaires réduits, et une détresse croissante des parents, particulièrement dans l’ouest parisien où le manque de places est le plus criant. Les chiffres sont connus : près de 3 familles sur 4 n’obtiennent pas de place en crèche municipale lors de leur première demande.
Cette situation contribue à un phénomène préoccupant : l’exode des familles hors de Paris. Chaque année, ce sont entre 10 000 et 12 000 enfants qui quittent la capitale avec leurs parents, souvent faute de solutions d’accueil. Ce n’est pas anodin : c’est un enjeu démographique, social et économique majeur.
Dans ce contexte, la disparition de la Croix Saint‑Simon risque d’aggraver encore la situation. C’est pourquoi la Ville se mobilise pour garantir la continuité des services, soutenir les reprises associatives, et déposer une offre pour la crèche municipale du Capitaine Marchal. Nous soutenons cette démarche.
Mais nous devons aller plus loin.
Car la crise du recrutement ne se résoudra pas uniquement par des mesures financières — d’autant que la Ville elle‑même est dans une situation budgétaire fragile, avec une dette élevée et une capacité d’investissement contrainte. Elle ne pourra pas, seule, renflouer durablement les structures associatives en difficulté.
Nous devons donc proposer des solutions structurelles, et j’en citerai trois.
Premièrement : le logement.
Il est aujourd’hui quasiment impossible pour une auxiliaire de puériculture, une éducatrice de jeunes enfants ou un étudiant en formation sanitaire et sociale de se loger à Paris.
Nous devons réserver un contingent de logements sociaux et intermédiaires pour ces professionnels essentiels.
Nous devons aussi faciliter l’accès aux résidences étudiantes pour les élèves des écoles du secteur social et médico‑social.
Sans logement abordable, nous n’aurons pas de personnel. C’est aussi simple que cela.
Deuxièmement : l’attractivité des parcours.
Nous devons renforcer les partenariats avec les écoles, les instituts de formation, les universités, pour attirer les étudiants à Paris et leur garantir des stages, des contrats d’apprentissage, et des perspectives d’emploi stables.
Nous devons aussi simplifier les passerelles professionnelles et soutenir la validation des acquis de l’expérience.
Troisièmement : des solutions non financières pour soutenir les associations.
La Ville peut mettre à disposition des locaux municipaux vacants, gratuitement ou à très faible coût, pour permettre aux associations de maintenir leurs activités.
Elle peut mutualiser des espaces, des services logistiques, des achats, des outils numériques.
Elle peut faciliter l’accès aux marchés publics, simplifier les procédures, et accompagner les structures dans leur gestion administrative.
Ces solutions ne coûtent pas nécessairement plus cher, mais elles peuvent changer la donne.
Mesdames, Messieurs,
La délibération qui nous est soumise aujourd’hui est nécessaire, mais elle n’est qu’une première étape.
Nous devons saisir cette crise comme une opportunité pour repenser l’attractivité des métiers du soin, du social et de la petite enfance, et pour garantir que Paris reste une ville où les familles peuvent vivre, travailler et faire grandir leurs enfants.


