Delphine Bürkli à propos de l’avenir de l’école publique parisienne

Comme vous, nous sommes attachés à l’école publique et nous voulons les meilleures conditions d’apprentissage pour nos enfants. Comme vous, nous aspirons à des personnels éducatifs épanouis et mieux rémunérés. Et vous le savez, puisque nous nous croisons devant le Rectorat, je suis, en tant que maire du 9e, en première ligne pour manifester aussi avec les directeurs, avec les parents d’élèves lorsque je considère que les projets de l’Académie de Paris de fermeture de classe sont injustes. Donc pas de faux procès, nous sommes dans le même camp, celui de l’école publique et laïque.

Cependant, il y a aussi des chiffres dont il faut tenir compte : à la rentrée 2026, pour la première fois, nous allons passer sous la barre des 100 000 écoliers accueillis dans le 1er degré public à Paris. Plusieurs facteurs : baisse de la natalité, des familles qui ont quitté Paris, mais pas seulement … Cette nouvelle donne démographique nous alerte forcément et la vraie question est de savoir comment rendre l’école publique plus attractive dans un contexte économique et social que nous connaissons tous avec des déficits publics qui explosent ?

Alors bien sûr, la critique est toujours aisée et je note qu’aucune des réformes éducatives importantes lancées par le Président Macron et notamment le dédoublement des classes en REP ne trouvent grâce à vos yeux.

Vous avancez ici des orientations qui sont des positions de principe, que nous partageons pour la plupart, notamment celle de sortir des logiques comptables de l’administration pour construire un dialogue et une trajectoire crédible avec l’Etat qui nous permette d’anticiper la baisse démographique et de prendre des décisions pour l’école dans la concertation avec l’ensemble de la communauté scolaire.

L’école, ce n’est pas seulement l’apprentissage des fondamentaux et des enseignants de qualité. L’école, ce sont aussi, les repas, les professeurs de la Ville, ainsi que l’entretien et l’adaptation des bâtiments scolaires au dérèglement climatique, qui relèvent de la responsabilité de la Ville de Paris.

Et puis bien sûr, l’école publique à Paris aujourd’hui, c’est la crise profonde du périscolaire : grèves à répétition, difficultés de recrutement, turn-over, manque d’encadrement, tensions avec les familles, mais aussi les faits gravissimes révélés dans plusieurs dizaines d’écoles parisiennes, qui ont bouleversé toute la communauté scolaire.

Le départ vers l’enseignement privé, aujourd’hui incontestable, traduit aussi une perte de confiance de certaines familles dans l’école publique, notamment sur la question de la protection des enfants au quotidien.

Et malgré la suppression annoncée par le Rectorat de 80 postes dans le privé sous contrat, son poids continue de se renforcer.

Restaurer la confiance dans l’école publique passe par l’impératif de la sécurité, le renforcement des contrôles, la stabilisation des équipes. Sécuriser les remplacements. Instaurer une véritable coordination entre directeurs d’école et REV. Revaloriser les métiers du périscolaire — animateurs, ATSEM, médecins scolaires, assistants sociaux scolaires — qui restent trop souvent les oubliés de la politique éducative, bref mettre les moyens nécessaires à l’accueil et à l’épanouissement des enfants.

Et au-delà, rouvrir sereinement le débat sur les rythmes scolaires, sans idéologie et dans l’intérêt des enfants. Tous les sujets doivent pouvoir être abordés sans tabou, sans orienter d’emblée la convention des temps de l’enfant en affirmant le maintien de la semaine à 4,5 jours, comme vous l’avez lundi. La question d’un retour à quatre jours, avec un mercredi consacré à un périscolaire de qualité, mérite d’être posée, notamment face aux difficultés de remplacement des enseignants malgré l’annonce, là aussi du Rectorat, de 35 postes supplémentaires.

Cela peut paraître banal ou secondaire, mais tous ceux qui siègent en conseil d’école le savent : la qualité des repas et l’état des bâtiments influencent directement le regard que les familles portent sur l’école publique.

Sur ces sujets comme sur d’autres, il faut davantage faire confiance aux directeurs d’école, en leur donnant la capacité de financer rapidement les petits travaux du quotidien sans dépendre de procédures interminables.

Encore faut-il que la Ville réaffirme enfin le statut de décharge : depuis 2019, l’Éducation nationale finance 100 % des décharges. La Ville est-elle prête à en assumer le coût ou préfère-t-elle laisser le moratoire perdurer pour éviter de verser les 24 millions d’euros annuels ?

Les travaux de l’APUR montrent enfin que les Parisiens en âge d’avoir des enfants sont moins nombreux, ont moins d’enfants et plus tardivement, avec des préoccupations centrées sur l’école, les modes de garde, la qualité de vie et le soutien à la parentalité.
Nous devons entendre cette inquiétude et être à la hauteur des enjeux.

Être à la hauteur aujourd’hui, cela signifie protéger, sécuriser, investir, créer les conditions d’accueil les plus favorables, et refonder profondément notre organisation scolaire et périscolaire, sans quoi nous ne pourrons restaurer durablement la confiance dans l’école publique.