Maud Gatel à propos de l’attribution de la citoyenneté d’honneur à Narges Mohammadi

Aujourd’hui, en proposant d’accorder la citoyenneté d’honneur de la Ville de Paris à Narges Mohammadi, nous faisons bien davantage qu’honorer une femme au courage exceptionnel.

Nous reconnaissons une voix devenue universelle : celle d’une femme qui, depuis des décennies, oppose à la violence de la répression la force inébranlable de la liberté. Mais à travers elle, c’est aussi au peuple iranien – et tout particulièrement aux femmes iraniennes – que nous voulons adresser notre soutien, notre respect et notre solidarité.

Ingénieur, journaliste, écrivaine, défenseure des droits humains, Narges Mohammadi documente depuis plus de vingt ans, les atteintes aux libertés fondamentales en Iran, dénonce les détentions arbitraires, les violences faites aux prisonniers politiques, le recours à la peine de mort.

Elle lutte contre le voile imposé aux femmes : « Le hijab obligatoire est la source principale de domination et de répression dans la société, visant à maintenir et à perpétuer un gouvernement religieux autoritaire… Un gouvernement qui a institutionnalisé la privation et la pauvreté dans la société depuis 45 ans. Un gouvernement fondé sur le mensonge, la tromperie, la ruse et l’intimidation. Un gouvernement qui a mis en péril la paix et la stabilité dans la région et dans le monde par ses politiques belliqueuses ».

Pour ses engagements, elle a connu les procès, les menaces, les séparations forcées d’avec ses enfants, Ali et Kiana, réfugiés en France, l’isolement carcéral et les condamnations répétées. Elle a passé une grande partie de ces dernières années emprisonnée dans la prison d’Evin, symbole de la répression politique iranienne.

Et pourtant, jamais elle n’a renoncé. Même enfermée, privée de liberté, elle a continué d’écrire, de témoigner, d’alerter le monde sur la condition des prisonnières politiques et sur les violences systémiques exercées contre les femmes en Iran.

Après Shirin Ebadi, lorsque le comité Nobel lui attribue le prix Nobel de la paix en 2023, il salue « son combat contre l’oppression des femmes en Iran et son combat pour la promotion des droits humains et de la liberté pour tous ». Cette distinction dépassait déjà sa personne. Elle venait reconnaître le courage collectif de celles et ceux qui, depuis des années, continuent de défendre la liberté au péril de leur vie.

Car derrière le nom de Narges Mohammadi résonne un mouvement plus vaste.

Résonne le cri de « Femme, Vie, Liberté ».

Résonnent les manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini.

Résonne la détermination de millions d’Iraniennes et d’Iraniens qui demandent simplement ce que tout peuple devrait pouvoir espérer : vivre libres, vivre dignement, vivre sans craindre la prison, la torture ou la mort pour une parole, un vêtement ou une conviction.

Nous savons aussi que le peuple iranien traverse aujourd’hui une période d’extrême souffrance et d’incertitude.

Aux violences de la répression intérieure s’ajoutent désormais les conséquences du conflit régional en cours, des tensions militaires croissantes et de l’isolement international qui frappent durement les civils. Comme toujours, ce sont les populations qui paient le prix le plus lourd : les familles, les femmes, les jeunes générations privées d’avenir, les défenseurs des libertés déjà fragilisés par des années de persécution.

Et à cette heure, aucune perspective d’apaisement durable ne semble encore se dessiner.

Dans ce contexte, notre responsabilité est de ne pas détourner le regard.

Les incarcérations se sont multipliées ces dernières années pour Narges Mohammadi, dans des conditions particulièrement éprouvantes, engendrant une dégradation de sa santé. Le 2 mai dernier, elle était admise à l’hôpital de Téhéran pour y être soignée.

Attribuer la citoyenneté d’honneur à Narges Mohammadi, c’est affirmer que Paris demeure fidèle à sa tradition d’accueil des consciences libres et des combats universels pour les droits humains.

C’est dire à celles et ceux qui luttent en Iran qu’ils ne sont pas seuls. C’est rappeler que les libertés fondamentales ne sont jamais des affaires intérieures. C’est reconnaître qu’aucun régime ne peut durablement faire taire un peuple qui réclame sa dignité.

Et c’est enfin affirmer une conviction simple, mais essentielle : partout où les droits des femmes reculent, c’est l’humanité tout entière qui vacille ; partout où les femmes se lèvent pour leur liberté, c’est l’avenir démocratique des peuples qui renaît.