Pierre Baty à propos de l’accès à la médecine

Oui, Paris dispose encore d’une forte densité médicale. Mais cette moyenne cache une réalité beaucoup plus préoccupante : des inégalités territoriales considérables et surtout une pyramide des âges catastrophique.

C’est l’éléphant dans la pièce.

Aujourd’hui, 37 % des médecins généralistes parisiens et plus de 40 % des spécialistes ont plus de 65 ans, soit près du doublede la moyenne nationale. Dans quelques années, c’est unevéritable vague de départs à la retraite qui nous attend.

Et cela fait plus de douze ans que notre groupe tire la sonnette d’alarme.

Pourquoi en sommes-nous là ? Parce que Paris est devenue une ville qui repousse progressivement les familles, les jeunes actifs… et donc aussi les jeunes médecins. Lorsqu’on ne peut plus se loger, lorsqu’on ne peut plus construire son projet de vie, on ne s’installe pas durablement à Paris.

C’est pourquoi nous défendons une mesure simple et concrète : les logements tremplins. Proposer à des étudiants ou jeunes médecins volontaires un logement accessible en contrepartie d’un engagement d’exercer pendant dix ans à Paris, en secteur 1.

C’est une politique gagnant-gagnant. Elle favorise l’installation durable des praticiens et elle permet de rééquilibrer progressivement cette pyramide des âges qui menace aujourd’hui l’accès aux soins des Parisiens.

Deuxième sujet : Paris est devenue un repoussoir pour de nombreux professionnels de santé.

Beaucoup de médecins installés en petite couronne ou ailleurs en Île-de-France nous disent qu’ils renoncent à venir exercer quelques heures à Paris, à effectuer des remplacements ou même des visites à domicile.

Pourquoi ?

Parce que tout est devenu plus compliqué.

Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons simplement que la Ville accepte de faciliter la vie de ceux qui prennent soin des plus fragiles.

Enfin, troisième point : la santé ne peut plus être la politique oubliée de cette mandature.

La Ville dispose de leviers importants : elle peut faciliter l’installation des professionnels, développer les maisons de santé, soutenir la médecine de proximité, investir dans la prévention, lutter contre les inégalités territoriales et renforcer les coopérations avec les hôpitaux.

Or nous avons trop souvent le sentiment que ces sujets passent après tout le reste.

Nous partageons les propositions contenues dans cette délibération, en particulier celles visant à renforcer l’offre de soins de proximité et l’attractivité de Paris pour les professionnels de santé. Car il faut désormais changer d’échelle.

Parce qu’au fond, la question est simple.

À Paris, l’accès à un médecin ne doit plus dépendre de son arrondissement, de son âge ou de ses revenus.

La santé n’est pas une politique accessoire. C’est l’une des premières attentes des Parisiens. Il est temps que la Ville en fasse enfin une véritable priorité.

Car la Ville dispose pourtant de leviers considérables. Encore faut-il avoir une véritable ambition. Nous devons d’abord travailler avec l’AP-HP pour mieux fluidifier les parcours de soins et désengorger les services d’urgence. Trop de patients se retrouvent aujourd’hui aux urgences faute d’avoir pu consulter un médecin de ville. Ce n’est satisfaisant ni pour les patients, ni pour les soignants.

Nous devons également ouvrir un chantier sur l’avenir des maisons de santé.

Il y a quelques mois, notre groupe a tenu des Assises parisiennes de la santé. Autour de la même table étaient réunisles représentants des professionnels de santé, des acteurs del’AP-HP, des représentants des patients, des financeurs publicset mutualistes.

Tous nous ont adressé le même message : le modèle des maisons de santé est aujourd’hui fragile. Il fonctionne, il répond à un besoin, mais il ne pourra pas se développer sans un engagement beaucoup plus fort de la Ville.

En s’appuyant davantage sur les mutuelles, sur les associations gestionnaires et sur les professionnels eux-mêmes, Paris pourrait changer d’échelle. Nous pourrions développer un véritable réseau de maisons de santé de proximité et faire en sorte qu’il n’existe plus aucun désert médical dans notre capitale, ni pour la médecine générale, ni pour les spécialités les plus recherchées, comme la gynécologie ou la dermatologie.

Nous avons d’ailleurs formulé plusieurs propositions concrètes, et ce voeu de Paris Liberté en est le témoignage. Nous serons heureux de pouvoir le voter, en espérant qu’il soit une première étape d’une nouvelle politique municipale ambitieuse.

Créer un réseau de maisons de santé pluridisciplinaires dans tous les quartiers, ouvertes à tous et pratiquant le secteur 1.

Faciliter l’installation des professionnels de santé dans les rezde- chaussée vacants des bailleurs de la Ville et de la SEM Paris Commerces, avec un véritable accompagnement administratif. Développer les coopérations métropolitaines avec les communes voisines afin de mutualiser certaines offres de soins plutôt que de raisonner uniquement à l’échelle du périphérique.

Et encourager l’exercice mixte, libéral et salarié, qui répond beaucoup mieux aux aspirations des jeunes générations de médecins.

Enfin, une politique de santé digne de ce nom ne commence pas lorsque l’on est malade. Elle commence bien avant. Elle s’appelle la prévention. Notre priorité doit être la jeunesse. La lutte contre l’obésité infantile, le développement de l’activité physique et du sport doivent redevenir des objectifs majeurs de la Ville.

L’héritage des Jeux olympiques et paralympiques ne peut pas se résumer à quelques équipements ou à une communication. Il doit transformer durablement nos politiques publiques. Cela suppose notamment de mieux articuler les temps scolaires et périscolaires pour permettre à davantage d’enfants de pratiquer une activité sportive régulière, de promouvoir une alimentation équilibrée dès le plus jeune âge et de développer les outils de prévention, y compris numériques, pour accompagner les familles.

Je vous remercie.