Monsieur le maire,
Les marchés sont bien plus que de simples lieux de commerce. Ils sont l’âme de nos quartiers. Ils font partie de l’identité parisienne, de ce patrimoine vivant qui rythme la vie de nos arrondissements depuis des générations.
Avec ses 74 marchés découverts alimentaires, ses marchés couverts et spécialisés, Paris dispose d’un réseau exceptionnel. Chaque semaine, des centaines de commerçants, artisans, producteurs et milliers de Parisiens s’y retrouvent. Les marchés sont des lieux de rencontre, d’échange et de convivialité. Ils favorisent le lien social tout en permettant l’accès à une alimentation fraîche, diversifiée et de qualité.
Pourtant, les chiffres sont préoccupants. Depuis 2011, le nombre de stands a diminué de près de 8 %. Certaines activités essentielles sont particulièrement touchées : les commerces de fruits et légumes, les boucheries ou encore les boulangeries reculent fortement. Cette évolution doit nous alerter.
C’est pourquoi notre groupe a déposé un vœu proposant la création d’un concours annuel du « Meilleur marché de Paris ». L’objectif est simple : valoriser les commerçants qui font vivre nos marchés, mettre en lumière les initiatives exemplaires, encourager les bonnes pratiques et associer les Parisiennes et les Parisiens à cette dynamique positive. De nombreuses villes ont déjà développé ce type de démarche avec succès. Paris aurait tout à gagner à célébrer davantage ses marchés et celles et ceux qui les font vivre au quotidien.
L’ambiance du marché de Belleville, la perspective du marché de Bastille, le charme du Marché Saint-Honoré, le large choix offert par le Marché de l’Avenue de Versailles, la carte postale du Marché Edgar Quinet pourront ainsi par exemple être reconnus et valorisés.
Mais au-delà de cette nécessaire valorisation, nous devons aussi nous interroger sur les conséquences économiques de la nouvelle délégation de service public qui nous est aujourd’hui proposée.
Nos priorités pour les marchés parisiens sont claires : garantir des produits de qualité accessibles au plus grand nombre et renforcer leur attractivité. Or cette délibération ne répond pas à cet objectif.
D’abord, elle prévoit une augmentation automatique des droits de place de 3,8 % par an à partir de 2027. Une telle hausse sera inévitablement répercutée sur les commerçants puis sur les consommateurs. Dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression, nous devons nous demander quel signal nous envoyons aux commerçants et aux familles parisiennes.
Ensuite, les prévisions de redevances versées à la Ville connaissent une baisse spectaculaire par rapport à la DSP actuelle. La part fixe tomberait à 1 000 euros par an pour le secteur A et 5 000 euros par an pour le secteur B, contre 120 000 euros par an aujourd’hui pour chacun des délégataires. Les prévisions de part variable suivent la même tendance.
Nous partageons bien sûr les objectifs de réduction du plastique à usage unique, de développement des producteurs locaux ou encore de transition écologique.
Mais ces avancées ne peuvent pas se faire au prix d’un double déséquilibre : davantage de charges pour les commerçants d’un côté, et beaucoup moins de recettes pour la Ville de l’autre.
La question est donc simple : qu’est-ce qui justifie que Paris accepte de renoncer à des recettes aussi importantes tout en augmentant la pression financière sur les commerçants ?
Parce que nos marchés sont l’âme de Paris, nous devons les soutenir, les valoriser et renforcer leur attractivité. C’est le sens de notre vœu, et c’est aussi la raison pour laquelle nous appelons à davantage de vigilance sur les équilibres économiques de cette nouvelle DSP.
Je vous remercie.


