Pourquoi changer une équipe qui gagne ?
C’est la question simple et légitime qui se pose aujourd’hui à propos du Marathon de Paris.
Pourquoi remplacer un opérateur – ASO – qui a fait du Marathon de Paris une réussite populaire et internationale reconnue, avec plus de 60 000 participants venus du monde entier, parmi lesquels le soussigné ?
La Ville de Paris justifie ce changement principalement par des ambitions environnementales renforcées.
Le nouveau consortium « Cadence » mettrait notamment en avant un système d’hydratation sans plastique à usage unique lors des ravitaillements.
Personne ne contestera l’importance de cet objectif. Mais il faut aussi dire la vérité : cette transition écologique est déjà engagée depuis plusieurs années par l’organisation actuelle. Cette année encore, des représentants du Marathon de New York étaient présents à Paris pour étudier les innovations mises en œuvre ici en matière de réduction des déchets plastiques.
Autre argument avancé : le développement des initiatives solidaires. Là aussi, nous partageons pleinement cette ambition. Mais là encore, ces initiatives existent déjà. Des milliers de coureurs participent chaque année au Marathon de Paris pour soutenir des causes associatives, lever des fonds pour la recherche contre le cancer ou accompagner des projets sociaux et citoyens.
La vraie question est donc ailleurs.
Ce que les Parisiens attendent aujourd’hui, ce n’est pas seulement un changement de concessionnaire. C’est une vision claire pour faire davantage du Marathon de Paris un événement populaire pleinement ancré dans la vie de la capitale.
Car si Paris dépasse désormais New York par le nombre de participants, le nombre de spectateurs reste six fois inférieur. Les animations sont insuffisantes, les liens avec les écoles, les associations et les quartiers restent trop limités.
Voilà le véritable enjeu stratégique : faire du Marathon de Paris un héritage vivant des Jeux olympiques de 2024, une grande fête sportive et citoyenne capable de mobiliser toute la ville.
Or, à ce stade, beaucoup de questions demeurent sans réponse.
Le changement de concessionnaire retarde déjà l’ouverture des inscriptions pour l’édition 2027, contrairement aux pratiques habituelles. Cette incertitude inquiète les coureurs comme les partenaires.
Par ailleurs, selon les informations dont nous disposons, aucun des acteurs du consortium Cadence n’a jamais organisé un marathon de cette ampleur. Une telle décision mérite donc des explications sur les garanties opérationnelles et sportives apportées aux participants.
En réalité, chacun comprend que le principal critère ayant motivé le choix de la Ville est financier.
L’offre portée par Cadence – qui inclut notamment une agence du groupe Havas, appartenant à Vincent Bolloré – permettrait à la Ville de Paris de percevoir au minimum 3,5 millions d’euros, soit près du double de la concession précédente.
Si tel est le choix politique assumé de la municipalité, alors il faut le dire clairement aux Parisiens, au lieu de tenter de le masquer derrière des arguments écologiques ou solidaires qui existaient déjà dans le modèle précédent.
Oui, les considérations financières comptent. Mais un marathon ne peut pas être réduit à un contrat commercial.
Le Marathon de Paris est bien davantage :
c’est une fête populaire, un rendez-vous sportif mondial, un moment de cohésion collective, une vitrine internationale pour notre capitale, mais aussi une formidable opportunité d’engagement civique et associatif.
Et vous-même, Monsieur le Maire, qui êtes aussi marathonien, savez mieux que quiconque ce que représente cette course pour celles et ceux qui la vivent chaque année.
Nous devrons également discuter de la renégociation avec les sponsors titres, Schneider Electric et Hoka, dont l’engagement constitue un élément essentiel de la stabilité et du rayonnement international de cette épreuve.
Sur tous ces sujets, les interrogations sont nombreuses.
Les Parisiens, les coureurs, les bénévoles et les associations attendent désormais des réponses claires.


